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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 07:46

Il semble bien que de plus en plus de votes des agriculteurs vont aller au FN, abandonnant ainsi le rituel vote à droite. Quelles raisons? Le raisonnable peut-il expliquer.

Je mets ici un texte de Jacques Berthelot, diffusé sur Médiaoart je crois mais surtout par la Confédération Paysanne.

 

 

La folie des agriculteurs français de voter Marine le Pen pour sortir de la PAC

 le 28 février 2017

 

D'après les sondages, environ un tiers des agriculteurs français voteraient pour Marine Le Pen aux élections présidentielles. Certes il n'est pas question de minimiser leurs souffrances aggravées ces dernières années avec les crises du lait et des viandes de volaille et de porc, voire avec la chute des revenus des céréaliers en 2016 liées aux aléas climatiques, mais sortir de l'UE ne pourrait qu'aggraver leur situation, sans même parler de la sortie de l'euro.

 

Certes la France est contributrice nette au Budget de l'UE, à 7,165 milliards d'euros (Md€) en 20141 – plus de deux fois moins que l’Allemagne avec 15,5012 Md€ –, mais elle est de très loin le premier bénéficiaire des aides directes PAC (politique agricole commune), tant du 1er pilier – avec 7,190 Md€ par an de 2014 à 2020, soit 17,2% du total, loin devant l'Allemagne avec 4,793 Md€ – que du second pilier 0 Md€ par an de l'Allemengne se contente de en 2016 liées aux aléas climatiquesde porcen aux élections présientielles. (11,385 Md€ au total de 2014 à 2020, devant l'Italie (10,440 Md€), l'Allemagne (9,446 Md€), la Pologne (8,698 Md€) et l'Espagne (8,297 Md€)2.

 

Surtout l'UE28 est de très loin le premier débouché des produits agricoles français, avec un solde net de 1,189 Md€ en 2015 (exportations de 38,218 Md€ et importations de 37,029 Md€), ses exportations intra-UE28 étant supérieures de 66% à celles extra-UE28. Le solde des seuls vins (hors spiritueux) vers l'UE28 est le triple du solde agricole total, avec 3,187 Md€ et il est en outre de 4,404 Md€ vers les pays tiers3. Le second solde positif est celui des céréales et préparations, avec 2,163 Md€, les exportations intra-UE étant supérieures de 33% à celles extra-UE28. Le troisième solde positif est celui des produits laitiers, avec 1,416 Md€ vers l'UE28, les exportations intra-UE28 (4,334 Md€) étant 2,3 fois supérieures à celles extra-UE28 (1,853 Md€). Par contre la France est déficitaire nette en viandes avec l'UE (de 1,053 Md€), dont de 674 M€ en viande porcine et préparations, 330 M€ en viande de volailles et préparations et 49,4 M€ en viande bovine et préparations. Malgré cela les exportations de viandes de la France intra-UE28 sont 3,1 fois supérieures en 2015 à celles extra-UE28. Il est clair que réinstaurer des droits de douane sur les importations agricoles françaises venant de l'UE ne pénaliserait pas seulement les consommateurs français mais d'abord les paysans qui verraient leurs débouchés vers le reste de l'UE fortement compromis puisque leurs collègues européens réagiront forcément pour se protéger aussi des exportations françaises.

 

Ajoutons que les malheurs des paysans français n'ont rien à voir avec une insuffisante protection sur les importations venant des pays tiers mais plus avec les disparités des charges sociales et fiscales entre les Etats membres. Qui sait par exemple que l'UE, dont la France, a les droits de douane parmi les plus élevés au monde sur les produits laitiers au point que les importations ne portent que sur les quotas tarifaires concédés à quelques pays, dont la Nouvelle-Zélande pour le beurre (quand le Royaume-Uni a rejoint l'UE en 1973) et la Suisse pour les fromages. Le problème est que l'UE a toujours eu une production de lait supérieure d'environ 10% à ses besoins internes, la surproduction intervenant dès la fin des années 60, conduisant l'UE à rechercher alors des débouchés dans l'aide alimentaire extérieure, aggravé par des restitutions massives à l'exportation qui sont restées supérieures à 2 Md€ par an jusqu'en 1995 avant de baisser progressivement, OMC oblige, et de disparaitre totalement en 2015.

 

Les débouchés extérieurs ont alors été recherchés de plus en plus dans les Accords bilatéraux de libre-échange (ALE) dans lesquels l'UE a toujours refusé de traiter de ses subventions internes au prétexte qu'elles ne peuvent être négociées qu'à l'OMC, où elle se refuse à les remettre en cause alléguant que ses subventions sont essentiellement des aides directes découplées notifiées en boite verte et n'ayant pas d'effet de dumping, une assertion qui ne tient évidemment pas la route. Moyennant quoi les subventions de l'UE28 à ses exportations de produits laitiers ont été de 80,5 M€ en 2015 vers l'Afrique de l'Ouest et de 14,4 M€ vers la CEMAC (Afrique centrale). Mais la menace qui pèse sans doute le plus sur les PED est celle de l'ALE négocié avec l'Inde où l'UE vise à l'obliger à réduire fortement ses droits de douane alors qu'ils sont très inférieurs à ceux de l'UE. Car l'Inde est le plus gros producteur mondial de lait, dont la valeur de production est supérieure à celle du riz et du blé réunis, qui est produit par 75 millions de petits éleveurs, à 80% des femmes pauvres voire sans terre, qui ont en moyenne 1,5 bêtes, principalement des bufflonnes, avec un rendement moyen de 2 litres par jour. En outre plus de 15 millions d'emplois sont en jeu au niveau amont et surtout aval de la filière.

 

Les droits de douane de l'UE28 sont aussi considérables sur les viandes, sans oublier que les éleveurs européens bénéficient d'aides directes très importantes aux aliments du bétail d'origine européenne – céréales, tourteaux d'oléagineux et protéagineux (les COP) – camouflées depuis 2006 dans les DPU (droits au paiement unique) et maintenant DPB (droits au paiement de base) depuis la réforme de la PAC de 2014, qui disparaitront si la France quitte la PAC. Ces aides aux aliments du bétail sont particulièrement importantes pour les viandes blanches de volaille et de porc puisque, contrairement à la viande bovine et au lait, il n'y a pas d'aides directes au revenu pour ces deux viandes blanches. Certes les aides aux COP sont perçues par les producteurs de COP en compensation de la baisse des prix d'intervention des COP des réformes de la PAC de 1992 et 1999, mais elles sont aussi des subventions aux éleveurs puisque les deux tiers des céréales de l'UE et de la France sont destinés aux aliments du bétail sur le marché intérieur, et que leurs producteurs seraient obligés d'en relever fortement le prix de vente aux éleveurs s'ils ne perçoivent plus ces aides directes sur les COP.

1 http://english.eu.dk/en/faq/faq/net_contribution

2 http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/STUD/2015/563386/IPOL_STU(2015)563386_EN.pdf

3 http://www.franceagrimer.fr/content/download/48841/468726/file/chiffres-fili%C3%A8re-viti-vinicole-2005-2015.pdf

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Jean Luc Jean Luc
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